22/06/2017

What's New? Futrelle!

You may remember this article years ago in which I bemoaned the then-current rise of the ebook and pledged everlasting love to the printed paper. Amazon and its Kindle would never conquer me, I swore. Time passed and, well, only fools never change their minds as the old French saying goes. I now have two Kindles and use them a lot, mostly to read those long-lost, most but not all public domain, mysteries that the ebook bubble suddenly brought back to light. I still cling to my paper books and they prevail every time I'm allowed to choose, but I would have missed a lot of amazing stuff had I stuck to my initial Luddite feeling.


One of those digital discoveries is Jacques Futrelle and his Thinking Machine stories. Rediscovery would be a better word as I already knew both the creator and his creature for having read a sample of their output via Roland Lacourbe's excellent French-language anthology Treize enquêtes de la Machine à Penser. They made a more than favorable impression upon me and I was eager for more, but alas those thirteen stories were all that was available in French at the time, and my English was not yet good enough to allow me to read Futrelle in the original language. Besides, most of his stories were out of print and not easily available. I moved on to other, more recent writers but kept an eye on Amazon and other purveyors in the hope that someone reprints the whole Van Dusen canon.

Fast forward fifteen years and nearly all of Futrelle's output is available for free or very cheap in the Kindle store. I bought a Thinking Machine megapack and started to read, one story at the time, a little afraid not to be able to recapture my initial enthusiasm. I needed not worry: the stories I had read were as good as I remembered them, and the other were for the most part very pleasant surprises.

What amazed me and still amazes me most is how well the stories have aged - probably because they were ahead of their time in many respects. The plots are imaginative and clever if sometimes far-fetched and play fair with the reader at a time when it was not yet a requirement. They also use a lot of misdirection, which is another unusual feature in pre-Trent detective fiction. This is not to say that Futrelle saw his stories as a duel of wits between him and the reader, but neither did he think of them as pure exercises in ratiocination - he was out to puzzle and fool, not just lay down a problem and then provide an explanation. 

Another modern feature of his work, perhaps the one that keeps it fresh after all those years, is the writing, which is much less stilted than that of his contemporaries, especially British ones. Being a journalist by trade Futrelle knew how to tell a gripping story with a few words and without excessive flourish. This kind of writing, which John Dickson Carr would call "journalese", would become a distinctive feature of the American school of crime fiction, regardless of the subgenre and may have been a leading factor in its global success and influence on the long run. 

Finally there is the Thinking Machine, Augustus S.F.X. Van Dusen himself. Futrelle may have created him partly with his tongue in his cheek, as Van Dusen like Poirot later exhibits some physical features (the size and shape of his head in particular) that were bigger than life even then. Still, he is a memorable character and one of the best detectives of his time. Modern readers may find him unlikeable, but so were many of his colleagues at the time - readers then didn't seek to relate to a fictional detective but to be awed by him, and Van Dusen certainly delivers in that department. It is interesting to compare him with the other great detective scientist of the time, Freeman's Dr. Thorndyke - both share an encyclopaedic knowledge and near-universal expertise but Van Dusen has a more abrasive temper and speaks in a much less ornate way. Also, Van Dusen tend to rely less on arcane knowledge than Thorndyke's. 

The only serious problem with Futrelle, and one he sadly couldn't fix, is that he died too soon to reach his full potential. Had he not embarked on the Titanic he might have gone to even greater things and maybe dramatically hastened the evolution of American crime fiction. Be that as it may, he remains of those few writers who gave its country a distinctive voice at a time when most of his fellow-compatriots contended themselves with channeling Conan Doyle. 

31/03/2017

MBE contre JDC

Les prénoms et nom de Maurice-Bernard Endrèbe ne disent plus grand-chose aujourd'hui qu'aux polardeux fondamentalistes tels que votre serviteur, mais il fut pendant plusieurs décennies l'un des piliers du roman policier français, en tant qu'auteur, critique, traducteur? éditeur et fondateur du Grand Prix de Littérature Policière.  Il fut à son époque et demeure encore à ce jour ce qui se rapproche le plus d'un Anthony Boucher français et sa contribution ne doit pas être négligée: on lui doit au moins un chef-d'oeuvre incontesté (La Pire des choses) et il a traduit, popularisé et défendu nombre d'auteurs majeurs du genre - même s'il n'hésitait pas à retoquer/abréger/réécrire quand il le jugeait nécessaire, comme cela se faisait couramment en ces temps moins éclairés. Son dévouement sans faille et à contre-courant au roman d'énigme est également digne d'éloge. Il avait pourtant ses limites et surtout ses têtes. Il fut ainsi l'un des nombreux critiques français à "casser" du Ross MacDonald ce qui ne laisse pas de surprendre tant cet auteur est de tous les grands du "noir" le plus à même de séduire les tenants d'un classicisme strict. Une autre de ses têtes de turc, plus surprenante encore, était John Dickson Carr et c'est ce le sujet de ce post. Endrèbe traduisit plusieurs de ses livres, dont le célèbre (chez nous) La Chambre ardente, mais en bon français cartésien ne goûtait guère la veine plus... imaginative de l'auteur. J'avais cité dans un article de la version MSN de Mayhem Parva (disparue depuis) une recension par lui et Georges Rieben du Meurtre des Mille et une nuits où tous deux qualifiaient le livre d'absurde et regrettaient que le traducteur ne l'ait pas coupé de moitié; j'aurais pu citer également si j'en avais eu connaissance à l'époque la diatribe suivante que l'on trouve dans le courrier des lecteurs du numéro 32 de Mystère Magazine, Endrèbe répondant à un lecteur qui avait eu le front de considérer que les romans policiers anglo-saxons de l'époque étaient supérieurs à ce qui se faisait alors en France:

"Je passe à la lettre de M. Bruni et je suis obligé de protester quand il écrit que même les moins bons romans de Dickson Carr sont infiniment supérieurs à ceux de Pierre Boileau. J'en appelle à tous vos lecteurs: est-ce que Le Repos de Bacchus et Six crimes sans assassin ne valent pas vingt fois mieux que La Flèche peinte (sic), La Maison de la Peste, La Maison de la Terreur, Suicide à l'écossaise ou L'Habit fait le moine? Enfin, comme je ne traduis que des livres sélectionnés par moi - et il m'en faut bien lire vingt pour en trouver un bon - votre correspondant me rendrait un fier service en m'indiquant ceux auxquels il fait allusion dans son dernier paragraphe, mais s'il s'agit de The Blind Barber, It Walks by Night ou The Unicorn Murders de Dickson Carr, non merci!"

On s'amusera soixante ans plus tard de ce que les livres de Carr que Endrèbe considère comme des repoussoirs soient considérés par les spécialistes comme comptant parmi les chefs-d'oeuvre de leur auteur, alors que ceux qu'il estima dignes d'être traduits par lui sont (Chambre ardente excepté) relativement mineurs. Et osera-t-on dire que les livres de Boileau qu'il encense pâlissent un peu en regard du point de vue de l'astuce et de l'imagination? C'est après tout cohérent de la part de quelqu'un qui dans la même lettre considère que Noël Vindry n'a jamais écrit de véritable grand livre ou que Je ne suis pas coupable de Christie est un roman "faible", inférieur à Meurtre au champagne. La règle étant de ne jamais médire des morts, seul le silence s'impose - mais je serais curieux de savoir si M. Bruni ou quelque autre fan de Carr s'est manifesté pour défendre l'honneur du Maître de Mamaroneck.